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EN MALAISIE, les Cameron Highlands étaient célèbres. Impossible de feuilleter un guide sans tomber sur un long passage consacré à cette région. Pour tous les Malais, ces terres faisaient figure de paradis, parce qu’elles s’ouvraient sur un miracle : la fraîcheur. À plus de 1 500 mètres d’altitude, on échappait aux moussons humides et aux saisons brûlantes. Au-dessus des brumes, il y avait le froid.

Les Anglais, les premiers, avaient colonisé ces sommets, bâtissant des manoirs, taillant des terrains de cricket, plantant des champs de thé – et interdisant tout accès aux Malais. Puis, une fois les colonisateurs évacués, les riches autochtones avaient pris leur place, construisant à leur tour des hôtels de luxe, déployant des parcours de golf, creusant toujours et encore les gigantesques forêts primaires.

Car, avant d’atteindre ces verts paradis, il y avait la jungle.

Marc roulait maintenant sous de hautes voûtes de feuilles. Il suivait des virages en lacets bordés, à droite, par les falaises couvertes de lianes et, à gauche, par des précipices d’émeraude. La route ne cessait de monter en épingles à cheveux et on discernait, en contrebas, le fil d’asphalte de la route parcourue.

Marc savourait cette première rencontre avec la forêt dense. Il avait stoppé la climatisation de sa Proton et roulait fenêtres ouvertes, afin de sentir la fraîcheur qui s’accentuait à chaque virage. Parfois même, il fermait les yeux, planant littéralement, cherchant à mettre un nom sur les parfums qui venaient à sa rencontre. En réalité, il improvisait, répétant comme une prière les noms qu’il avait lus dans son guide : palmiers, cocotiers, tualangs, orchidées, rafflésies…

À d’autres moments, des bribes de son entrevue avec le Dr Norman venaient le secouer de sa béatitude. « Ne le trahissez jamais. C’est la seule chose qu’il ne pourrait pas vous pardonner. » La trouille le prenait alors, beaucoup plus fraîche que les hautes terres. Il se répétait les questions : y avait-il danger, oui ou non ? Reverdi pouvait-il deviner la combine ? En mettant les choses au pire – son imposture dévoilée –, que risquait-il ? Le tueur était sous les verrous – et virtuellement condamné.

La route montait toujours. Les premiers signes de l’Empire britannique apparurent. D’abord, les plantations de thé. Des terrasses, en paliers ordonnés, exhalant dans l’air des senteurs humides, presque moisies. De loin, ces cultures ressemblaient aux étages de royaumes anciens, enclavés dans le grand vert. Parfois, les champs étaient bruns, compacts, taciturnes. D’autres fois, ils brillaient comme des petits pains de mousse, légers, luminescents.

Puis des hôtels se présentèrent. Manoirs blancs aux colombages noirs, fenêtres à vitraux colorés et cours de graviers gris, dans le plus pur style « british ». Aussitôt après, la jungle primaire se refermait, intacte. À croire qu’on avait rêvé. Puis, de nouveau, un terrain de golf apparaissait. Ou un hôtel de luxe, avec sa piscine turquoise…

Marc devait avoir dépassé 1 500 mètres d’altitude quand il découvrit les premiers villages de huttes. Cela aussi, les guides en parlaient : les Orang-Asli, littéralement, le « peuple des origines ». Des hommes des bois, en pagnes, qui survivaient sarbacane à la main, entre les chantiers immobiliers et les voyageurs en 4 x 4.

Il ralentit, et comprit qu’ils ne composaient qu’une attraction touristique de plus. En fait de pagnes, ils portaient des tee-shirts Reebok et leurs sarbacanes avaient été remplacées par des antennes radio. Accroupis devant leurs cases, ils vendaient les produits de la forêt : miel, pousses de fleurs, scarabées ou scorpions épinglés sur des morceaux de carton.

À ce moment, un groupe surgit des coteaux de la jungle. Ceux-là tenaient d’autres instruments. Marc les rattrapa et observa la longue tige de bois qu’ils portaient sur l’épaule. Des filets à papillons. Sans doute une autre spécialité de la région…

Il freina brusquement.

« Cherche vers le ciel. »

« Des Jalons qui Volent et Foisonnent. »

Des papillons !

 

 

 

Dès la première ville, Ringlet, un coup d’œil dans les boutiques lui confirma son intuition : les papillons étaient la spécialité de la région. Il pénétra dans l’une des échoppes et se fit expliquer le phénomène : les Cameron Highlands avaient développé des espèces endémiques, liées à l’altitude, dont la beauté était unique au monde. Il reprit sa route. À Tanah Rata – deux milles mètres d’altitude –, il trouva un restaurant chinois et s’installa au fond de la salle. À quinze heures, le lieu était désert. Il commanda un café. Les papillons. Il ne parvenait pas à s’extraire cette idée de la tête. « Cherche vers le ciel. » « Des Jalons qui Volent et Foisonnent. » Cela pouvait coller.

Buvant à petites lampées une mousse brune aux relents javellisés, il imagina des pratiques meurtrières et perverses, à base de papillons. Reverdi lui apparut, déposant ces insectes sur les femmes ensanglantées, plaquant les ailes colorées sur les plaies, observant cette caresse palpitante sur les incisions.

Un détail lui revint. Le taux de glucose anormal. Reverdi avait forcé Pernille Mosensen à ingurgiter des aliments sucrés. Pour attirer les papillons ?

Il commanda un second café. Il lui vint à l’esprit une restriction. Cette hypothèse rappelait le roman de Thomas Harris, Le Silence des agneaux, où le tueur plaçait des chrysalides dans la gorge de ses victimes. Or, Marc en était certain, Reverdi ne subissait aucune influence. Jamais il ne se serait inspiré des crimes d’un autre. Et surtout pas issus d’un roman. D’une fiction qui, à ses yeux, avait valeur de chimère. Alors quoi ?

Assis dans la salle faiblement éclairée, il distinguait, au-delà de la terrasse, la rue principale de la petite ville. Le mélange des styles régnait toujours : des épiceries asiatiques, des bâtiments coloniaux et aussi, plus curieux, des chalets, des constructions montagnardes – Tanah Rata ressemblait à un village alpin.

Il se concentra sur les passants. Des écoliers, bringuebalant leurs cartables sur le dos. Des adultes nonchalants, multipliant les origines : Malais, Chinois, Indiens. Des touristes aussi, apportant leur propre note exotique. Il se concentra sur deux jeunes femmes, blondes et roses, portant des gros croquenots et d’énormes sacs à dos. Sa conviction revint en force.

Reverdi était venu ici.

Il avait chassé sur ces sommets.

Il se leva et paya.

Les papillons : il n’avait qu’à vérifier.

 

Il visita les ateliers d’encadrement, où les lépidoptères sont placés sous verre. Il posa ses questions dans l’indifférence générale. Les ouvriers chinois daignaient à peine lever les yeux de leur ouvrage. Il partit à l’assaut des serres d’élevage, aux alentours de la ville, où on cultive des plantes secrètes – les seules dont se nourrissent les chenilles des plus belles espèces. Nouvel échec. Chacun reconnaissait le portrait de Jacques Reverdi – mais pour l’avoir vu à la une des journaux. Il grimpa dans les hauteurs de la ville, sonnant aux portes des riches grossistes han, ceux qui exportent à travers le monde papillons, insectes et reptiles. Mêmes dénégations : personne n’avait jamais rencontré Reverdi.

À dix-huit heures, Marc se mit en quête d’un hôtel. Exténué, il refusait encore de s’avouer vaincu. Mais le crépuscule lui brouillait les idées. Le doute s’insinuait. Reverdi avait parlé de hauteur et il s’était précipité à la montagne. Ensuite, il s’était inventé un film à propos de ces papillons. Tout cela ne reposait sur rien…

Les hôtels de la ville étaient complets. Marc s’aventura dans les environs de Tanah Rata. Il découvrit un manoir en crépi blanc, avec créneaux revêtus de lierre, hautes cheminées et parasols sur la terrasse, à rayures blanches et noires. Le Lake House.

L’Indien à l’accueil demanda, avec un accent britannique exagéré :

— Nous allons chercher votre matériel ?

— Mon matériel ?

— Vous n’êtes pas chasseur ? Chasseur de papillons ?

— Pas du tout.

Le visage sombre se fendit d’un sourire servile :

— Excusez-moi. Nous avons déjà ici un Français. Un chasseur très connu. Alors, je pensais…

Marc fit le compte. Chasseur. Français. Forêt. Confusément, ce profil le rapprochait de Reverdi. Il décida de tenter sa chance. La dernière de la journée.

— Ce chasseur, il est rentré de sa journée ?

Le portier prit une expression narquoise :

— Il vient de partir, au contraire.

— À six heures du soir ?

— Monsieur, nous parlons de papillons nocturnes.

 

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